semble soumise à une tactique uniforme et régulière, telle serait
celle d'une troupe disciplinée, obéissant à la voie d'un seul chef.
C'est à la voie de l'instinct que les étourneaux obéissent...".
Coévolution
Le monde dans lequel nous vivons se modifie : il évolue et nous devons, en réaction, évoluer pour ne pas disparaître.
Cette évolution va dans le sens de la complexification des organismes. Prenons l'exemple des papillons pollinisateurs et des orchidées qui sont pollinisées par ces insectes : le papillon plonge sa trompe dans le nectaire : le tube contenant le nectar, dont il se nourrit, explique le professeur Archipi. Ce faisant il se barbouille du pollen situé dans les organes sexuels de la fleur près de l'extrémité libre du nectaire ; le papillon transporte ensuite ce pollen et fertilise d'autres fleurs. Supposons que la taille des papillons augmente et donc la longueur de leur trompe. Ils pourront aspirer le suc des plantes de petite taille sans toucher au pollen et les petites plantes seront défavorisées. Aussi ne se reproduiront que les plantes au long nectaire. Cette reproduction fera alors que certaines plantes auront des nectaires trop longs pour que les insectes puissent y plonger leur trompe et seuls les insectes à très longue trompe pourront se nourrir : ils seront avantagés et se reproduiront mieux : les papillons à longue trompe prédomineront, et parmi ceux-ci, certains à la très longue trompe pourront se nourrir sans attraper de pollen dans les orchidées à petit nectaire, ce qui favorisera la prolifération des plantes à tube encore plus profond, etc, etc..
Cette augmentation conjointe de la taille des papillons et des orchidées fait qu'aujourd'hui la taille du tube à nectar des papillons est de 25 centimètres ! Aussi la théorie de l'évolution de Darwin doit-elle être perfectionnée, continue Archipi. Quand la mutation d'un organisme amène un changement qui lui est favorable, ce changement induit des modifications d'autres organismes qui vont l'amener à amplifier ce changement ou à développer d'autres caractéristiques avantageuses, qui elle même entraîneront d'autres modifications, etc, etc.. À chaque génération il y a sélection d'orchidées au nectaire de plus en plus profond et de papillons à la trompe de plus en plus longue. La complexité s'accroît, sans qu'augmente la qualité de l'adaptation vis à vis de l'environnement.
C'est pourquoi nous sommes beaucoup plus compliqués que les bactéries, les premiers habitants de la planète. Depuis trois milliards d'années nous évoluons vers la complexification, un changement de l'environnement amenant une sélection qui en induit d'autres. La coévolution est une course perpétuelle. Dans "Alice au pays des merveilles", la Reine rouge, une pièce du jeu d'échecs, entraîne Alice dans une course effrénée : "Mais, Reine rouge, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ?" La Reine rouge répond : "Nous courons pour rester à la même place". Le phénomène évolutif que nous venons d'évoquer, illustré par la coévolution des papillons et des orchidées, ou dans d'autres contextes, la lutte de l'épée et du bouclier et la course aux armements, est dénommé : le paradoxe de la Reine Rouge.
Le Paradoxe de la Reine Rouge :
Depuis les débuts de la biologie et la théorie de l'évolution formulée par Darwin, de nombreux scientifiques ont souvent tenté de modéliser au moins de façon formelle comment cette évolution se produisait, et surtout pourquoi : quelles sont les critères de sélection ? Une pression évolutive au sein d'un environnement ? Plusieurs espèces en interaction ?
L'une des meilleures explications et formulations est celle dite de la «reine rouge», en référence à Lewis Carrol et son héroïne Alice, spectatrice de phénomènes aussi curieux qu'étranges (physiques, chimiques, biologiques...).
La reine rouge, c'est courir le plus vite possible pour rester au même endroit... Obscur mais tout de même clair : en biologie, prenons deux espèces, un parasite et son hôte ou un prédateur et sa proie (carnivore/herbivore ou herbivore/plante)... Chacune de ces espèce va évoluer dans sa direction d'attaque ou de défense, et les deux vont toujours se retrouver à score nul ! Elles courrent dans l'évolution pour rester au même endroit !
On arrive à ce schéma car les meilleurs sont sélectionnés : une proie qui court plus vite, qui produit des toxines... Puis le prédateur s'adapte aussi : ceux qui courent le plus vite (pour rattraper une proie) ou qui apprennent à ne plus manger dès qu'une toxine apparaît (ou qui supportent la toxine)...